Le stress du dentiste, le burn out & le suicide professionnel

L’induction d’un stress intense au cabinet dentaire est un phénomène réciproque entre le dentiste et les patients.

burn out du dentiste

Le patient source de stress pour le dentiste: Les patients sont focalisés (ce qui est normal) sur leur douleur et leurs problèmes lorsqu’ils consultent un dentiste ou plus généralement un médecin. La plupart ne pense pas au stress qu’ils génèrent sur le praticien auquel ils s’adressent par leurs réactions émotives et/ou leurs comportements inappropriés.

La prise de conscience, par les deux intervenants de la relation médicale praticien-patient que l’induction d’un stress intense au cabinet dentaire est un phénomène réciproque, est fondamentale.

 

Le patient est une source de stress pour le dentiste

Il est important pour le patient de bien comprendre le stress du dentiste car il est dans son intérêt que «son dentiste» soit en bon état physique et mental pour continuer à le soigner correctement.

Le patient est stressé par les soins dentaires que le dentiste lui inflige. Mais en retour le patient, par sa réponse (feed back) émotionnelle angoissée et/ou stressée, stress le dentiste qui l’absorbe, en plus de son propre stress professionnel et personnel.

Cette circulation à double sens du stress ne peut conduire qu’à des situations critique tant pour le dentiste que pour le patient :

Le dentiste confronté à une situation de stress intense et anormal se retrouve lui même en situation de blocage ou même d’échec thérapeutique. Ce qui le conduit consciemment ou inconsciemment à vouloir rompre la relation empathique avec son patient afin d’éviter le stress inutile mortifère pour sa propre santé ; la chronophagie stérile économiquement et donc nuisible pour son entreprise.

S’il ne peut pas sortir de cette relation parce qu’il est « coincé » dans son protocole thérapeutique et sa déontologie qui lui interdit d’abandonner son patient en cours de soins, ou que la demande du patient est trop forte alors la situation risque de perdurer d’une manière perverse et finalement mener au « clash » brutal avec toutes les conséquences délétères conflictuelles que l’on connaît.

En conclusion:

Si les dentistes ont bien compris les stress qu’ils génèrent sur leur patients par leur soins même les plus attentionnés les patients doivent comprendre, eux aussi, le stress qu’ils génèrent sur leur dentiste par une réponse angoissée ou incorrecte ou carrément agressive et cela d’autant plus que l’empathie du dentiste et son dévouement pour sa patientèle est forte.

Il y a donc un effet pervers dans la situation suivante:

Plus le dentiste est attaché à ses patients, plus il est soumis à un stress immérité auquel rien ne le prépare et que rien ne justifie !

Ce stress est directement généré par les comportements des patients qui sont, soit des réactions d’angoisses incontrôlables pour des raisons psychologiques, soit des manifestations d’humeurs non contrôlées pour des raisons comportementales générales, avec un sous jacent émotionnel et/ou d‘agressivité latente sociale.

 

Les autres sources de stress pour le dentiste

Voici l’étude de la société American express sur les causes de stress pour la profession de  chirurgiens-dentistes.

Cliquez sur le lien suivant pour lire l’étude : étude du stress par la société american express

Les sources des stress au cabinet dentaire sont loin de se limiter à celles générées par le comportement des patients:

Force est de constater que le simple exercice des soins dentaires n’est en aucune manière uniquement responsable des signes de cette pathologie.

En effet, la gestion de l’environnement professionnel du dentiste de manière générale, c’est à dire l’exercice des compétences transversales de gérance et de management des contraintes organisationnelles et administratives de plus en plus lourdes et harcelantes, est la cause principale directe et indirecte des faiblesses psychologiques des praticiens en exercice.

En effet, nombre de praticiens croulent sous les charges administratives et logistiques.

La profession de chirurgien-dentiste, toutes professions libérales confondues, est sans aucun doute une de celle qui pâtit des contraintes administratives, fiscales, sociales, matérielles et humaines les plus lourdes.

Au moins 15 à 20 heures de travail hebdomadaire doit être ajouté au « travail au fauteuil » pour résoudre tous les problèmes administratifs et de gérance.

Or, 30 % des praticiens travaillent sans assistante pour des raisons économiques, la difficulté (voir l’impossibilité structurelle sociétale) de gérer du personnel, de le former, de le motiver et de le fidéliser.

Le management ne s’adresse d’ailleurs pas exclusivement à la gestion de la relation à l’employé mais aussi à celle du patient :

Présenter et argumenter un plan de traitement afin d’éclairer le consentement de son patient relève de compétences stratégiques de communication immenses et la lourde responsabilités de se voir refuser par le soigné la proposition thérapeutique du soignant.

Le dentiste doit aussi apprendre à gérer les relations professionnelles avec ses fournisseurs (laboratoire, industries, prestataires) et ses correspondants de santé.

 

La gestion par le dentiste de son propre stress au sein du cabinet dentaire

Les dentistes encore plus que les professions médicales libérales ou hospitalières, sont aujourd’hui très exposées aux risques psycho-sociaux.

La surcharge de travail, les relations conflictuelles avec les patients et le personnel, le harcèlement administratifs, le vieillissement du corps et de l’esprit et surtout la quasi impossibilité de s’arrêter de travailler pour « congé maladie », n’étant pas salarié, représentent quelques-uns des stresseurs auxquels les dentistes doivent faire face.

La réaction de stress constitue une fonction vitale d’adaptation de l’être humain à son environnement.

Cependant, il existe un point de rupture à partir duquel l’augmentation du stress cesse d’être bénéfique et, au contraire, provoque une diminution brutale de l’efficacité.

 

La circulation à double sens de l’émotion dans la relation patient/praticien

Les émotions sont présentes tout autant chez les dentistes que chez les patients et fonctionnent en synergie l’une par rapport à l’autre.

En cela, un dentiste est, nonobstant la peur que peut générer ses actes, un être humain comme les autres, forces et faiblesses comprises. Une émotion a une manifestation interne et génère une réaction extérieure. Elle est provoquée par la confrontation à une situation et à l’interprétation de la réalité.

En cela, une émotion est différente d’une sensation. La sensation est directement associée à la perception sensorielle (relation à la température, à la texture…). Elle est par conséquent physique.

Quant à la différence entre émotion et sentiment, celle-ci réside dans le fait que le sentiment ne présente pas une manifestation réactionnelle. Néanmoins, l’accumulation des sentiments peut générer des états émotionnels.

L’émotion peut se définir comme une séquence de changement d’état intervenant dans cinq systèmes organiques (cognitif, neuro-physiologique, moteur, motivationnel, moniteur), de manière interdépendante et synchronisée en réponse à l’évaluation de la pertinence d’un stimulus externe ou interne par rapport à un intérêt central pour l’organisme.

Déjà en 1879, Charles Darwin, fondateur de la théorie de l’évolution, la définit comme cette faculté d’adaptation et de survie de l’organisme vivant. Il la voit comme innée, universelle et communicative.

D’un point de vue comportemental, l’émotion est perçue comme un «motivateur», une entité qui influence le choix d’un individu en réponse à un stimulus externe ou interne.

D’un point de vue socioculturel, les sentiments sont cette réponse donnée à une interaction avec nous-mêmes et/ou avec les autres.

Une émotion existe à la fois dans la dimension personnelle et sociale de l’individu. Elle serait cette capacité d’adaptation et de changement, ce lien qui forme nos relations et nous met en interaction avec l’autre.

De récentes études en neurobiologie ont démontré que les émotions sont un mélange de plusieurs facteurs biochimiques, socioculturels et neurologiques (O’Regan, 2003). Elles se traduisent par des réactions spécifiques : matrices (tonus musculaire, tremblements …), comportementales (incapacité de bouger, agitation, fuite, agression …), et physiologiques (pâleur, rougissement, accélération du pouls, palpitations, sensation de malaise …).

Elles seraient à la base de nos réactions physiologiques et comportementales.

 

Les dentistes sous la menace du « burn out » : Le stress chronique, les signaux d’alarme.

Les dentistes qui exercent en indépendants doivent exceller pour satisfaire aux exigences élevées de leur métier dans le domaine médical et économique.

Les longues journées de travail sont souvent à l’origine du stress.

Les symptômes ne doivent pas être négligés, car le stress chronique aboutit inéluctablement au burn out, avec ses conséquences fatales pour la santé et, finalement, pour l’entreprise.

Voir la thèse de deuxième cycle du docteur Marion Gautheron (2012) Université Claude Bernard-Lyon 1 pour le diplôme d’Etat de docteur en chirurgie dentaire

Cliquez sur ce lien : LE BURNOUT CHEZ LES CHIRURGIENS-DENTISTES 

 

Quiconque mène une affaire en faisant preuve d’un sens élevé des responsabilités et en contribuant de façon déterminante à la création de valeur, comme c’est le cas des dentistes, abat une quantité de travail très considérable.

Quiconque peut conserver la maîtrise d’une telle situation tant que le travail nous procure du plaisir et que nous disposons de suffisamment de ressources physiques et psychiques. Toutefois, lorsque la charge est trop intense de travail se mue en stress.

La médiatisation du burn out a levé le tabou sur ce syndrome d’épuisement au travail, mais elle n’en banalise pas pour autant les effets ravageurs.

Serge Deschaux directeur de l’Observatoire Français de la santé des chirurgiens dentistes appel ceux de ses confrères victimes du burn out « les confrères cabossés ».

Ils ne remettent plus les pieds au cabinet du jour au lendemain car le burn out tombe comme un couperet. Il se manifeste par un « épuisement physique et psychologique, un grand sentiment de vide ».

Selon lui et malgré le déni collectif environs 48% des chirurgiens dentistes français sont concernés de près ou de loin par ce syndrome, soit un sur deux !

Selon le docteur Patrick Legeron, psychiatre « la personne exprime une impression intense d’avoir consumé toute son énergie vitale accompagné d’une très grande dépréciation de soi ».

De plus, il remarque que même si ce syndrome ne figure pas dans le registre international des troubles mentaux (DSM-V, 5ème édition du Diagnostic ans statistic manual of mental disorders) le burn out est une des formes de dépression : Dépression de l’épuisement professionnel.

 

Les dentistes sont une profession de perfectionnistes compulsifs

Le décalage entre leur aspiration à l’excellence, leurs obligations déontologiques imposées ou librement consenties, leur dépendance d’un plateau technique de plus en plus sophistiqué, informatisé, rempli de nouvelles technologies et bien sûr très onéreux, avec la dure réalité économique et la crise pèse de plus en plus sur le corps et l’esprit de ces praticiens.

Les dentistes gèrent à la fois des contraintes médicales, économiques et administratives.

En conséquences, comme tous les chefs d‘entreprise, ils sont contraint de ne pas faire cas des signes indicateurs du burn out. Ils tiennent le coup provisoirement en se trompant eux-mêmes, mais se rendent un bien piètre service à long terme, car le burn out les entraîne dans une chute mortifère.

Il faut faire attention aux signaux d’alarme internes mais il n’est pas aisé de percevoir les symptômes du stress chronique, puisque ceux-ci sont facilement camouflés par d’autres facteurs.

Les candidats au burn out se sentent fatigués dès le réveil. Ils doivent faire un effort sur eux même pour aller au travail et n’ont aucune envie de se mêler à leur semblables, encore moins de les toucher, de leur parler et de les soigner.

 

Définition du « burn out »

Expert en burn out, le psychologue Willem Lammers le définit comme un syndrome d’épuisement professionnel – intellectuel, physique ou les deux à la fois – en raison d’un stress trop intense ou trop long. Les personnes souffrant du burn out exigent d’elles-mêmes plus qu’elles ne peuvent donner ou souffrent des pressions de l’entourage qui exigent d’elles des prestations excessives.

Ayant parlé du burn out devant des médecins-dentistes lors d’un cycle de conférences organisé par la Caisse pour médecins-dentistes SA, Lammers a expliqué que le burn out n’était pas une maladie d’origine physiologique ou psychique et que ses causes étaient à rechercher dans des circonstances extérieures qui ne sont en règle générale pas une fatalité.

 

Le burn out a trois stades :

1 – Il se manifeste en premier lieu par des symptômes physiologiques et psychiques, comme l’irritabilité chronique, l’oppression persistante, l’hypertension, l’insomnie et d’autres troubles physiques.

2 – Les personnes atteintes y réagissent en ralentissant leur rythme, en s’isolant et, aussi, en abusant du tabac, du café, de l’alcool et des médicaments.

3 – Au troisième stade, elles plongent dans un état d’épuisement total caractérisé par des souffrances psychiques et physiques chroniques : tristesse, dépression, problèmes digestifs, céphalées graves ou migraines, etc.

 

Le cerveau passe du mode compétence au mode survie

Willem Lammers explique que le cerveau passe alors du mode compétence au mode survie : les actes réfléchis et précis cèdent la place à des réactions instantanées et vagues. Ainsi, les médecins et dentistes surmenés et stressés réagissent au quart de tour aux erreurs du personnel, aux réclamations ou aux complications médicales du traitement. Le problème du mode survie réside dans le fait qu’il n’est pas facile de repasser en mode compétence.

 

Les dentistes et les musiciens sont les professions où le taux de suicides est le plus élevé !

Le suicide au travail est un phénomène qui prend de plus en plus d’ampleur !

Même s’il n’y a pas de statistiques officielles en la matière, le Centre de Prévention du Suicide, en Belgique, et l’INSERM, en France, nous apprennent que le nombre de travailleurs qui mettent fin à leurs jours sur leur lieu de travail est en constante augmentation depuis 20 ans.

On a tous en mémoire les exemples désastreux de France Telecom et de FoxConn (une société chinoise qui fabrique des pièces pour l’Iphone) où l’on a recensé plusieurs suicides en quelques mois.

La plupart du temps, ce sont des conditions de travail déplorables et un stress permanent lié à la rentabilité à outrance qui poussent les travailleurs à commettre l’irréparable.

Le suicide professionnelle: les dentistes aux sommets des charts

Cliquez sur le lien : quand la situation professionnelle devient invivable !!!

Selon une étude réalisée par la Wayne State University, de Detroit, au Michigan, il existe des professions particulièrement exposées au suicide. Ce sont les dentistes qui arrivent en tête de liste, cette profession présente un taux de suicide 5,45 fois plus élevés que la moyenne. Ils sont suivis par les musiciens et les acteurs… Ainsi donc, les dentistes ont davantage de pulsions suicidaires que les avocats, les policiers, les ouvriers ou les dactylos.

Inter Formation, une société spécialisée en coaching, relève que la profession de dentiste est soumise à des tensions permanentes (1).

Les dentistes font un travail de précision qui est lié à une concentration de tous les instants lorsque le patient est sur le siège mais, en outre, leurs revenus sont loin d’être aussi importants que l’imaginaire collectif le suppose et, dès lors, beaucoup d’entre eux accumulent les heures de prestations au détriment de leur vie privée.

Le taux de divorce est extrêmement élevé chez les dentistes… !

Ajoutons à cela qu’ils ne jouissent pas d’une reconnaissance sociale importante (allez chez le dentiste est toujours, ou presque, lié à une impression négative) et l’on s’aperçoit effectivement que la profession est loin d’être paradisiaque…!

 

Le top 10 des professions les plus exposées au suicide

– Dentiste (5,45 fois plus de suicide que la moyenne).

Soit 14% des décès chez les dentistes sont dus à un suicide.

– Musicien (3,6 fois plus)

– Acteur (2,8 fois plus)

– Danseur (2,67 fois plus)

– Ecrivain (2,6 fois plus)

– Photographe (2,5 fois plus)

– Sculpteur, peintre, plasticiens (2,12 fois plus)

– Ebénistes (2 fois plus)

– Médecins (1,94 fois plus)

– Animateurs (1,9 fois plus)

A noter aussi que sur leur lieu de travail, les hommes se suicident quatre fois plus que les femmes !

 

(1) Les dentistes font face à des situations difficiles, on Interformation.ca

(2) De plus en plus de suicides sur le lieu du travail, par D. Delhalle, on rtbf.be, 10 septembre 2009

(3) Suicide au travail, les médecins ne sont pas épargnés, par Actualitéjuritavail, on Juritravail.com, 6 octobre 2010

 

 

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